Cauchemar concentrationnaire en Corée du Nord

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Par Michel TEMMAN


Des dizaines de «goulags» et de centres de «rééducation». 150 000 à 200 000 prisonniers, squelettiques, malades, maltraités voire torturés. Une marée d'hommes et de femmes accusés de «crimes», de «trahison», soumis aux travaux forcés, et mourant d'épuisement, à petit feu. A l'heure des pourparlers à six (Etats-Unis, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie et Japon), qui devraient reprendre le 25 février, c'est un univers concentrationnaire cauchemardesque, très élaboré, évoquant les pires heures de l'ère stalinienne, que David Hawk, responsable du Comité américain pour les droits de l'homme en Corée du Nord (US Committee for Human Rights in North Korea), décrit dans un rapport accablant, The Hidden Gulag («le Goulag caché»).

Le chercheur américain était ces jours-ci à Séoul pour présenter son rapport, tout juste publié en Corée du Sud, sur les camps de Kim Jong-il, ex-«villages de la révolution» métamorphosés en «centres de contrôle». Le plus craint serait celui de Yodok, dit «centre de contrôle numéro 15». Appuyé par 36 témoignages directs d'anciens prisonniers et gardiens de camps ayant fui le «royaume ermite», le rapport est enrichi de photographies prises par les satellites Ikonos et QuickBird (entre 2001 et 2003.) On y distingue clairement les installations de sept camps de travaux forcés. D'une résolution «chirurgicale» (d'un mètre), ces photos ont été remises à David Hawk par les sociétés DigitalGlobe et Space Imaging. Au rythme d'une orbite terrestre toutes les 98 minutes, Ikonos a permis de «visualiser» le fonctionnement et l'organisation de plusieurs camps. La valeur du rapport est d'apporter des témoignages venant corroborer les éléments visuels.

Réalité cachée. Expert en droit international, ancien enquêteur pour l'ONU, ex-responsable au sein d'Amnesty International et de Human Rights Watch-Asia, David Hawk n'en est pas à son premier rapport sur les violations des droits de l'homme. Il a notamment enquêté sur le génocide khmer rouge, les massacres rwandais et les ravages des mines antipersonnel au Vietnam. Cette fois-ci, la mission était autrement plus complexe. Il lui fallait aller au-devant d'une réalité cachée. Impossible, en effet, d'aller vérifier en Corée du Nord les témoignages des anciens prisonniers et gardiens de camps. Le support satellite était d'autant plus précieux. «Le rapport de David Hawk est stupéfiant. Les informations fournies grâce aux photos-satellite vont nous aider à mieux comprendre la situation des droits de l'homme en Corée du Nord. Alors que ce pays nie officiellement toute violation !», explique, à Séoul, un responsable du mouvement sud-coréen NKNET (Réseau pour la démocratie et les droits de l'homme en Corée du Nord).

«"Centres de gestion", "camps de rééducation", "villages de travailleurs"... Les Nord-Coréens utilisent des terminologies différentes pour désigner leurs camps de prisonniers, explique David Hawk. Gardés par des forces de police différentes, ces camps ne se ressemblent pas. Certains détiennent des centaines d'individus pour un certain nombre de semaines. D'autres sont plus importants. Dans un camp sont emprisonnées 50 000 personnes à vie.» Ce sont les camps situés au nord du pays qui abritent «les centres de détention» pour les migrants clandestins ayant tenté de fuir par la Chine. Ces «survivants» y seraient parqués dans des conditions extrêmes ­ souvent en attendant leur exécution.

Selon David Hawk, les camps de Kim Jong-il rappellent le goulag de Staline. «Les témoignages sont formels : ce ne sont que des camps de travail.» Réveillés à l'aube, les prisonniers travaillent chaque matin dès cinq ou six heures, et non stop, jusqu'à la nuit tombée, vers vingt ou vingt et une heures. Qu'importent les saisons ou les aléas de la météo : dans le froid de l'hiver sibérien comme dans les chaleurs étouffantes de l'été, ceux que le régime veut punir sont confinés à travailler dans les mines d'or ou de minerais, et dans les champs... Un grand nombre de détenus succomberaient à la malnutrition, au froid, à la déshydratation, à des accidents du travail, ou d'épuisement. Selon le témoignage d'un ex-prisonnier du camp de Haengyoung ­ où un à deux milliers de prisonniers mouraient chaque année ­ rares sont les détenus parvenant à fuir. Ceux qui sont rattrapés sont exécutés en public.

Torture systématique. «Dès le début de mes recherches et de mes interviews avec les anciens prisonniers, j'ai dû considérer le sujet de la répression comme un phénomène», dit le chercheur qui a établi pour son rapport un «Glossaire de la répression». Selon un témoin, deux femmes détenues à la prison de Onseong, ont subi un avortement forcé. La pratique, conduite avec des moyens rudimentaires, serait répandue dans d'autres prisons localisées par les satellites . D'autres témoins ont fait état de cas de torture, de meurtres, d'abus sexuels, d'infanticides «commis sans hésitation». «La torture est une pratique systématique dans les prisons comme dans les camps de travail,affirme David Hawk. Les prisonniers sont si violemment battus qu'ils ont les doigts cassés, saignent des yeux, du nez, de la bouche, des oreilles.» Selon le rescapé d'un camp de prisonniers politiques, des détenus ont été isolés «à perpétuité dans des zones spéciales pour avoir parlé de la Bible et de Shakespeare».

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