Drame de l'immigration à Ceuta: cinq morts lors d'un assaut de clandestins



CEUTA (AFP) - Cinq immigrants africains sont morts dans la nuit de mercredi à jeudi lors d'une tentative d'infiltration massive de clandestins dans l'enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc, vigoureusement repoussée par la garde civile, selon un bilan gouvernemental espagnol.

"Ils ont été inhumains. Ils ont tiré sur des gens désarmés", ont rapporté à un journaliste de l'AFP un Guinéen, Abderrahmane, et un Sénégalais, Ayno, deux des quelque 500 africains ayant participé à cet assaut massif. Tous deux ont été hospitalisés à Tetouan (Maroc) pour recevoir des soins, après l'échec de leur tentative.



"Je n'avais jamais vu ça, quelle violence!", a confié un médecin de Tetouan, qui a accueilli des hommes au ventre lacéré par la clôture métallique séparant Ceuta du Maroc, présentant des fractures diverses ou atteints, selon lui, par des balles en caoutchouc ou des "petites billes d'acier".

La vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a indiqué dans l'après-midi que cinq clandestins étaient morts lors de ce drame de l'immigration, deux côté espagnol, trois côté marocain.


Un précédent bilan de la préfecture de Ceuta et des services de sécurité marocains faisait état de quatre morts, deux de chaque côté de la frontière.

Rabat n'a pas confirmé l'existence d'une troisième victime sur son territoire. Les branches espagnoles des associations espagnoles SOS-Racisme et Médecins sans frontières ont évoqué la mort d'un bébé ivoirien côté marocain.

Les deux victimes côté espagnol sont mortes étouffées ou écrasées accidentellement pendant l'assaut, selon la préfecture de Ceuta.

Les services de sécurité marocains ont indiqué que les deux victimes transportés à l'hôpital de Tetouan avait été tuées par des balles en caoutchouc "tirées du côté espagnol".

"Une enquête est en cours", a commenté Mme de la Vega qui a promis la transparence, lors d'une conférence de presse à Séville (sud de l'Espagne).

Mme de La Vega s'exprimait en marge d'un sommet Espagne-Maroc réunissant les chefs du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero et marocain, Driss Jettou, en grande partie consacré à l'immigration clandestine.

Le gouvernement espagnol a annoncé jeudi l'affectation immédiate de 480 militaires supplémentaires, en renfort de la garde civile, pour surveiller les frontières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, cette dernière ayant fait l'objet d'assauts répétés d'immigrants ces derniers jours.

Parallèlement, les forces de l'ordre marocaines ont mené jeudi une vaste opération de ratissage des collines et forêts denses des abords de Ceuta pour débusquer des immigrés clandestins, a constaté un journaliste de l'AFP.

Quarante-huit clandestins, dont trois Algériens ont été arrêtés à la mi-journée lors de cette opération impliquant des dizaines de policiers et militaires marocains.

Le chef de l'opposition conservatrice espagnole, Mariano Rajoy, a fustigé l'"imprévision manifeste" du gouvernement Zapatero et accusé le Maroc de négligence voire de complicité tacite avec les clandestins.

Entre 140 à 150 clandestins ont réussi à forcer le passage de Ceuta lors de l'assaut qui s'est déroulé jeudi vers 03h00 locales (01h00 GMT), a déclaré à l'AFP un porte-parole de la préfecture de Ceuta.

Une centaine ont été légèrement blessés et ont reçu des soins, et "sept ou huit" ont été opérés à la suites de fractures ou de traumatismes, a ajouté ce porte-parle.

Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, revendiquées par le Maroc, attirent des milliers d'immigrants d'Afrique noire en quête d'un Eldorado européen.

Une fois à Melilla ou Ceuta, il décrochent généralement un ticket d'entrée illimité en Espagne, les ordres d'expulsion étant dans la pratique impossibles à appliquer faute d'accord de rapatriement entre l'Espagne et la plupart de leurs pays d'origine.
 
Haut