Farid Belkacemi ou la méritocratie en milieu financier

La Tribune - 08/07/08 - 979 mots

Dans la finance, Farid Belkacemi a débuté comme " runner " dans une
société d'agents de change. Il fait partie aujourd'hui du top
management de Viel & Cie .

Depuis au moins un an, Farid Belkacemi a beaucoup de travail. La
crise financière est passée par là et la maison qui l'emploie, Viel &
Cie, s'en est remarquablement bien sortie. Comprenez que ce pur
intermédiaire des marchés financiers n'a pas fait de bêtises et que
son bilan fin 2007 ne contenait ni subprime, ni CDO, ni autres
produits toxiques qui ont fait le malheur de Bear Stearns. Voilà la
récompense de ceux qui n'ont pas utilisé leur capital et un effet de
levier considérable pour chercher l'ultime amélioration de la
rentabilité de leur bilan. Au niveau des chiffres, cela s'est traduit
en 2007 par un résultat net, part du groupe, en augmentation de 73,2
% (56,3 millions d'euros). Le troisième inter dealer broker mondial,
pur intermédiaire sur les marchés de change et de taux, exerce
pourtant un métier à risque.

METTRE SON EXPERIENCE AU SERVICE DE SON INSTINCT

" Le bon moyen de le contenir est de posséder un bilan clean, note
Farid Belkacemi. Cela donne confiance au marché, qui le sait, et cela
nous permet de saisir des opportunités. " Depuis mars, l'homme a
encore plus de travail puisqu'il a été nommé patron pour l'Europe de
Viel &

Cie.
" J'ai voulu lui donner une chance, explique Patrick Combes , le
fondateur de l'entreprise. J'ai voulu le positionner car il est
important de permettre à des gens qui en ont envie d'exercer des
responsabilité s. Farid est quelqu'un qui fonctionne en networking et
qui, selon l'évolution des marchés, sait se remettre régulièrement en
question. " Avec les bouleversements récents du monde financier, les
questions ne manquent pas. Et il faut trouver rapidement les bonnes
réponses. Dans ce domaine, Farid Belkacemi sait mettre son expérience
au service de son instinct. " Aux États-Unis, Farid serait une star
de la finance, assure son ami Mehdi Dazi , membre du conseil de
surveillance de Vivendi et directeur général d' Emirates
International Investment Company . Ce qu'il a réussi en Europe, et en
France en particulier, démontre une grande force de caractère. "
C'est vrai qu'il a dû manger de la vache enragée pour parvenir à son
niveau.

Son premier job ? Pousser, la nuit, des chariots à Rungis. Nous
sommes en 1986. Il a son bac B en poche mais, quand on s'appelle
Farid Belkacemi en 1986, il est difficile de trouver un stage ou un
boulot correspondant à un bac B. Il est costaud Farid, et il
s'accroche. Il est sportif aussi. Il partage avec son frère Mohamed,
son aîné de cinq ans, l'amour du football. Enfants, ils ont dû gérer
une seule paire de crampons pour la même passion, mais qu'importe.
Quand l'un a fini de s'entraîner, le second rentre sur le terrain et
vice-versa. La hargne du petit Farid et son goût pour l'étude n'ont
pas échappé à une de ses profs de français : " Farid, votre père est
éboueur, mais vous, vous serez le conducteur du camion. "

Une vingtaine d'années plus tard, Farid Belkacemi pourrait se payer
une flotte de camions s'il le souhaitait. Il pourrait les conduire,
ou se faire conduire, mais son avenir a pris une forme que n'avait
pas su envisager son professeur de français. Son frère Mohamed, qui
le récupère souvent à 4 ou 5 heures du matin, lui permet de décrocher
un job de runner (*) à la charge d'agent de change Goy-Hauvette. Il
est au bas de l'échelle mais un Pakistanais, Karim Valimamod, lui
enseigne la technique des options. Cela tombe bien. Le Monep et le
Matif viennent d'ouvrir leurs portes, la Bourse de Paris commence à
apprendre les marchés à terme. Farid Belkacemi a pris un peu de
galon, il va sur le parquet, puis se fait remarquer par le CCF, qui
l'embauche. Tout va très vite, puisque Vendôme Finacor, le plus gros
intervenant sur le Matif de l'époque, le récupère et le nomme co-
patron d'une équipe.

LA PARTIE N'EST PAS TERMINEE

C'est le bonheur ? À peu près. Farid doit essuyer souvent divers
quolibets dont " sale bougnoule " n'est que le plus anodin. Il en a
pris l'habitude et il serre les dents. Il a surtout soif d'apprendre.
Une autre rencontre, celle de Marc Craquelin, un polytechnicien,
aujourd'hui gérant à la Financière de l'Échiquier, lui fait franchir
une nouvelle étape. Il quitte le floor, passe à la salle des marchés
et, un peu plus tard, après la Coupe du monde de football de 1998,
rejoint le groupe Tradition à Londres. Il y devient directeur
commercial. Lorsque Finacor est absorbé par Tradition en 2000, il
prend la direction de la salle des marchés. En 2005, Patrick Combes
le nomme patron de l'Europe continentale. Il en redresse la
rentabilité et devient patron de toute l'Europe en janvier 2008. Est-
il satisfait ? Certainement, mais la partie n'est pas terminée.
D'abord, tous les jours, il part avec un compte de résultat négatif
puisqu'il faut " payer l'électricité, les salaires et les
terminaux ". Ou, comme il l'explique si bien : " Toute ma vie, j'ai
couru le 100 mètres avec une valise de 20 kilos dans chaque main ".

(*) Le runner doit courir vite pour porter les ordres de Bourse.

Parcours

Né en 1965 à Paris, Farid Belkacemi décroche son bac en 1986 et
commence sa vie professionnelle dans les métiers de la finance en
mars 1988. Il gravit plusieurs échelons, apprend son métier sur le
tas, et travaille dans plusieurs entreprises. Il est aujourd'hui le
patron pour l'Europe de Viel
&
Cie.

PASCAL BOULARD
 
comme quoi n'avoir que le bac n'est pas un frein en soi...au delà des diplômes, c'est plus que jamais la ténacité d'esprit, la clairvoyance et l'engouement qui font qu'une personne réussira mieux que les autres. Ca fait d'autant plus plaisir lorsqu'il s'agit d'un marocain.

J'ai beaucoup aimé ce passage :

"La hargne du petit Farid et son goût pour l'étude n'ont
pas échappé à une de ses profs de français : " Farid, votre père est
éboueur, mais vous, vous serez le conducteur du camion. ""

Ah les anciens prof, certains avaient une certaine tendance à rabaisser les perspectives de carrières de ces petits arabes. Ne parlons même pas des conseillers d'orientation, qui quelques soit le niveau de l'élève s'il était arabe, il devait plutôt s'orienter vers un des études manuelles.
 
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