Les chorfa mènent la danse

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Casablanca d'antan
VIB
S’il y a un privilège que le monarque daigne partager avec ses sujets, c’est bien l'ascendance chérifienne (avérée ou fabriquée). Si cette distinction de sang a eu longue vie au Maroc, c’est bien parce qu’elle légitime le pouvoir, donne un fonds de commerce à des super-sujets et cultive une religiosité populaire basique. Autopsie d’un legs féodal que
nous traînons encore.


Le chérifisme semble avoir de beaux jours devant lui. Lorsque le roi Mohammed VI est intronisé en 1999, il consacre, à peine
un mois plus tard, sa première visite officielle au mausolée de Moulay Idriss Zerhoun. Normal, "les Idrissides ont toujours donné leur sceau aux rois". La formule, prétentieuse, cet intellectuel issu de la famille Alami, l’entend depuis sa plus tendre enfance. Vue du Palais, il s’agissait tout juste d’une tradition à préserver. Mais la tradition est observée à la lettre s’agissant des Idrissides. La preuve, dans sa restructuration du champ religieux, le pouvoir a réservé un traitement à part à la nidarat (délégation des habous) de Moulay Idriss. Elle est la seule à garder ses fonctions archaïques dans le nouvel organigramme du ministère de tutelle. Le geste est symbolique mais il n’est pas unique. A Sijelmassa, chef-lieu des Alaouites, les chorfa apparentés à la famille royale ne sont pas en reste. Depuis l’arrivée du nouveau roi, le gouverneur local a eu pour tâche de mettre sur pied une université itinérante pour ressusciter le mausolée de Moulay Ali Chérif, leur ancêtre. "Tout cela est insuffisant pour parler de continuité eu égard aux chorfa, estime l’islamologue Mohamed Tozy. Le fait d’éliminer le sérail, d’enlever à des Alaouites des privilèges hérités prouve que le pragmatisme prime aujourd’hui". Pourtant, le ministère de l’Intérieur veille toujours à programmer des moussems de chorfa (réels ou fictifs) prisés socialement.


Une mythologie importée
A la fin du IXème siècle, l’islam conquérant est relayé par les premiers sultans, Idriss père et fils. D’obédience plutôt chiite, ces derniers transposent au Maghreb une polémique orientale, sur la primauté d’Ali sur Mohammed. Ils appellent leur capitale, Al Aliya. "En référence au gendre du prophète et non à la colline qui surplombait Oualili", expliquent les historiographes. Ils vont même jusqu’à graver le nom d’Ali sur la monnaie idrisside. Les premiers chérifs, forts de leur appartenance à Ahl Al Bayt (lire page 25), commencent à faire de l’ombre aux fuqaha munis tout juste de leur savoir pour parler au nom de l’islam. Dans une société orale, grégaire, l’argument du nassab ne laisse pas indifférent mais suscite des résistances au passage. En 925, un certain Moussa Ibn Abil’afia, chef de tribu devenu émir dans le nord, chasse les chorfa idrissides de son territoire. Ils se réfugieront, alors, à Jbel Laalam et Melilla.

http://www.telquel-online.com/165/couverture_165_1.shtml
 
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