Lille (59) Le premier lycée musulman de France métropolitaine ouvrira ses portes dès la rentrée

Situé dans les locaux de la mosquée de Lille-sud, le lycée Averroès accueillera une classe de seconde. "Non religieux", ouvert à tous, il sera financé d'abord par la communauté musulmane. Une grande classe très claire, meublée de tables et de chaises de couleurs vives ; trois autres salles et un laboratoire de physique-chimie "aux normes", avec ses paillasses courant le long des murs. Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille-sud, n'est pas peu fier de faire visiter les locaux réservés à "son" lycée, au deuxième étage de l'édifice religieux qu'il dirige. Le premier lycée privé musulman de France métropolitaine. Un seul autre établissement de ce type existe, à la Réunion.



"Cela fait huit ans qu'on y travaille, dit-il. Nous avons commencé à y réfléchir en 1994." Huit ans d'efforts avant l'autorisation d'ouverture accordée jeudi 10 juillet par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE).

Le CSE siégeait "en contentieux", saisi par les promoteurs du lycée à l'issue de trois refus du rectorat de l'académie de Lille. Le premier, en mai 2002, parce que le proviseur n'avait pas les cinq ans d'ancienneté requis dans l'éducation ; le second, en décembre, pour non-respect des normes de sécurité ; le troisième, le 23 mai, car l'avis officiel - positif - de la commission municipale de sécurité, avait été transmis trop tard au rectorat. S'il reconnaît le bien-fondé des deux premières rebuffades, M. Lasfar avait contesté la troisième et protesté, lors d'une conférence de presse, contre "ce refus fait aux musulmans de jouir d'un droit que leur confère la République".

Le lycée Averroès - du nom du philosophe arabo-andalou du XIIe siècle - pourra donc ouvrir à la rentrée. Avec, pour commencer, une seule classe de seconde. Si 37 dossiers de demande d'inscription ont été retirés, 15 ont été déposés pour l'instant. "Certains ont hésité devant les péripéties que nous avons connues. Nous prévoyons d'accueillir 25 à 30 élèves, autant de garçons que de filles", déclare Makhlouf Mamèche, le proviseur adjoint.

Dix professeurs - quatre femmes et six hommes, dont deux non musulmans - qui exercent déjà tous dans l'enseignement public ou privé, ont été engagés sous la tutelle de M. Mamèche et de la proviseure, Sylvie Taleb, également professeurs (respectivement d'histoire-géographie et de français), les seuls permanents de l'équipe.

"Il ne s'agira pas d'un établissement religieux, insiste M. Lasfar. Une éducation à l'islam ou à la culture musulmane y sera offerte, mais de manière optionnelle." Enfin, souligne le recteur, "il n'y aura ni obligation ni interdit en ce qui concerne le voile". Parmi l'équipe pédagogique figure un professeur d'éducation physique qui assurera ses cours dans un gymnase proche, prêté deux heures par semaine par la municipalité.

L'établissement sera ouvert à tous, mais M. Mamèche reconnaît qu'il lui faudra "faire ses preuves" avant d'accueillir des élèves non musulmans. "L'un de nos professeurs enseigne dans un lycée privé catholique de Roubaix où les élèves musulmans sont devenus majoritaires, attirés sans doute par le sérieux de l'établissement, dit-il. L'inverse pourrait parfaitement se produire, mais cela prendra du temps."

Le lycée musulman de Lille compte postuler dès que possible, c'est-à-dire dans cinq ans, pour un contrat d'association avec l'éducation nationale. Un gage de sérieux, puisque l'Etat aura alors un droit de regard sur le contenu de l'enseignement, et "un moyen d'insertion pour toute notre communauté", souligne M. Mamèche. Signer ce contrat assurerait aussi à l'établissement un apport financier conséquent, nécessaire quand il montera en puissance et qu'il lui faudra s'installer dans des locaux dédiés, indépendants de la mosquée.

En attendant, assure M. Lasfar, le financement - 150 000 euros par an pour une classe unique - est assuré "par la communauté musulmane lilloise et quelques associations de la région" et par les frais de scolarité, "environ 1 000 euros par an". L'association Averroès, fondée en 1995 pour gérer le lycée, propose des cotisations mensuelles "avec un engagement de cinq ans" de 15 euros pour les particuliers et de 45 à 60 euros pour les associations. "Nous devrions pouvoir tenir sans problème pendant cinq ans sans subventions", estime le recteur, qui préside l'association.

Président de la Ligue islamique du Nord, l'une des associations fondatrices de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), M. Lasfar sait que son influence auprès des jeunes de Lille-sud inquiète des élus. "Nous n'avons pas droit à l'erreur, reconnaît-il. Ce lycée est une expérience inédite, un laboratoire. Il est donc, un peu, celui de tous les musulmans de France. Notre objectif, c'est le baccalauréat pour tous nos élèves, avec la plus haute mention possible, pour qu'ils puissent ensuite intégrer les plus grandes écoles."
 
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