La malédiction de naître fille

Le Cercle, film de l’Iranien Panahi, s’ouvre sur les cris stridents d’une femme qui accouche. La grand-mère se ronge les sangs dans la salle d’attente. La douleur physique de sa fille n’est rien devant l’annonce qu’elle attend. Une jeune infirmière laisse tomber, insouciante, la formule lapidaire : “Félicitations, c’est une fille”. La vieille dame vacille et tapote sur la fenêtre pour confirmer le drame qui vient de s’abattre sur sa famille. À partir de cette proposition de base, Panahi s’engage à nous démontrer ce qu’il y a de si monstrueux à naître fille dans la société des ayatollahs.

A l’âge de huit ans, commence pour elles un deuil qu’elles devront observer rigoureusement. Les femmes doivent dissimuler leurs sentiments, tout comme leurs formes, sous une enveloppe triste et terne; rien qui suggère le plaisir, encore moins le provoquer. Le voile, ce tissu austère, trop lourd et trop long pour ne servir que de vêtement, laisse souvent deviner un destin amer. Au hijeb (foulard) s’ajoute le tchador (long voile) Les couches d’étoffe se superposent ainsi pour un maximum d’hermétisme.


 
Le voile ou le fouet

“ Vous ne devriez pas révéler des pieds nus ou des chevilles et si vous portez des pantalons, rappelez-vous de porter des chaussettes”, précise la propagande officielle à l’intention des étrangères. La législation iranienne comporte des dispositions prescrivant l’emprisonnement jusqu’à douze mois, des amendes et la flagellation pouvant aller jusqu’à 74 coups de fouet pour des infractions relatives au code vestimentaire. Depuis l’instauration de cette règle, des centaines de femmes et de filles sont condamnées à être fouettées.

A cause de ces lois iniques, un tiers des femmes, au moins, sont victimes de violences institutionnalisées, notamment le recours au fouet. En 2002, le pouvoir judiciaire iranien condamnait une jeune femme à la mort par lapidation. Il s’agit du dix-huitième cas de lapidation officiellement déclaré depuis 1997. Une autre jeune femme a, pour sa part, été condamnée à avoir le visage aspergé d’acide, un acte qui la rendra définitivement aveugle. Agée de 21 ans, cette jeune femme avait utilisé de l’acide pour se défendre contre un homme de 37 ans qui tentait de la violer. Elle se voit appliquer la loi du talion (oeil pour oeil, dent pour dent). La Cour Suprême a maintenu ce verdict en ignorant tous les témoignages qui indiquaient qu’elle était en état de légitime défense contre un violeur. Cette condamnation à mort indigne l’opinion publique iranienne, et particulièrement les femmes. Les femmes iraniennes déclarent qu’en prononçant la condamnation à mort d’Afsaneh, les mollahs ne donnent aux femmes que le choix d’être lapidées à mort pour “ dépravation sexuelle ” quand elles se laissent faire, ou exécutées pour meurtre quand elles se défendent contre leur agresseur.

La pression qui pèse sur les Iraniennes est intolérable. L’Iran possèderait le taux le plus élevé au monde de suicides et de dépressions chez les femmes. Ces actes désespérés sont dus à la situation dramatique d’oppression que les femmes vivent dans ce pays.

Au lendemain de la Révolution, les mollahs ont lancé leur fameuse lutte contre la “ prostitution” car, pour eux, la plupart des femmes iraniennes étaient des “prostituées”. Les intellectuelles étaient “prostituées” parce qu’intellectuelles, comme celles qui refusaient de porter le voile ou qui résistaient aux nouvelles lois. Se maquiller, se parfumer ou simplement vouloir être belle leur valait d’être qualifiées de prostituées. Depuis vingt ans, cette vision de la femme s’est imposée, et ce climat de répression et de tabou social a donné naissance, en retour, au phénomène de la prostitution chez les jeunes. Il existe, selon l’aveu des responsables, des dizaines de milliers de prostituées dans la seule ville de Téhéran. De nombreuses filles âgées de 16 à 18 ans font des fugues et se retrouvent dans les rues. Elles seraient environ 20.000 à hanter les rues de la ville.
 
La mariée était en barboteuse

A neuf années lunaires, l’Iranienne devient une femme. C’est le Code civil qui en décide ainsi. Des milliers de fillettes iraniennes sont ainsi contraintes à se marier, même avant l’âge de 9 ans, 6 ans, selon l’interprétation que font les mollahs de la Sunna. Des fillettes sont parfois mariées à plusieurs reprises pendant un délai très court. Prête à être mariée, la fillette devient la convoitise de mollahs âgés qui, souvent après avoir abusé d’elle sexuellement (certaines de ces fillettes se retrouvent à l’hôpital avec les organes génitaux mutilés car non encore épanouis), la revendent à d’autres mollahs et ainsi de suite... Près de 90 % des mariages qui se terminent par des assassinats sont ceux qui concernent les couples où la différence d’âge est considérable. Le Parlement, composé en majorité de réformateurs, a tenté de repousser l’âge du mariage mais le Conseil des Gardiens, instance dominée par des religieux conservateurs, a opposé son veto à la réforme de ce texte, estimant que le mariage précoce constitue un moyen de combattre l’immoralité parmi les jeunes.

Par cette culture, les mollahs ont tué l’amour. Les hommes rêvent d’une épouse totalement soumise et sédentaire alors que les femmes exigent un rôle dans la société. D’où ce paradoxe très iranien: les universités comptent parfois jusqu’à 60 % de femmes qui ne font rien de leurs diplômes. 94 % des femmes iraniennes ne travaillent pas hors de la maison.

Ces aspirations contradictoires conduisent à des violences morales, comme lorsque le mari emporte le téléphone en sortant de peur que sa femme ne parle à d’autres hommes. Pourtant les lois sont telles que c’est normalement à la femme de s’inquiéter sur la conduite de son époux. Avec la formule chiite du mariage temporaire, les hommes peuvent accumuler autant de femmes qu’ils désirent, pour une heure, un jour, un mois ou 99 ans, sans que cela n’entre en compte dans le nombre des épouses autorisées par le Coran. Récemment, les journaux ont révélé qu’un chauffeur de taxi en avait ainsi accumulé dix-sept.

En 1979, le Shah est chassé du pays qui devient alors une «République islamique». Au début, cette révolution n’était pas tragique. Les Iraniens avaient d’ailleurs placé beaucoup d’espoir dans cette révolution. C’était une sorte de rêve collectif. Puis peu à peu, les événements ont pris une tournure beaucoup plus dramatique. Mais les femmes, qui ont largement participé à la Révolution de 1979, n’ont pas depuis quitté l’espace public. Au fil des années, elles n’ont pas cessé de revendiquer l’égalité des droits entre hommes et femmes, de contester des lois et des traditions, de même que leurs interprétations par des autorités politiques et religieuses allant en leur défaveur. Elles se sont désormais constituées en protagonistes de changement sur le plan politique par le rôle prépondérant qu’elles ont joué dans l’élection du réformateur Mohammad Khatami à la présidence de la République en mai 1997, marquant ainsi un tournant dans la vie politique du pays. La nouvelle mobilisation des femmes et des jeunes aux élections municipales de février 1999, aux législatives de février - mai 2000 et enfin aux présidentielles 2001 ayant conduit à la victoire écrasante des partisans de réformes, ont raffermi cette nouvelle orientation. Les femmes ont également joué un rôle important dans au moins cinq grands soulèvements populaires en été 2001. Elles ont affiché leur refus du régime misogyne des mollahs en criant, «A bas Khatami, à bas Khamenei». Lors des matchs de qualification pour la Coupe du monde de 1998, les responsables ont eu beau répéter à la radio et à la télévision que les femmes n’étaient pas autorisées à entrer au stade, le jour “ J ” 5.000 jeunes iraniennes en ont forcé les portes, sous le regard hébété des policiers. Du jamais vu depuis la Révolution islamique de 1979, depuis laquelle les Iraniennes n’étaient plus autorisées à assister aux compétitions dans les stades en présence des hommes.

La nouvelle génération des jeunes, née après la Révolution ou grandie sous la République islamique, n’adhère pas non plus aux idéaux politico-religieux de l’État. Ces jeunes pèsent d’un grand poids dans la population iranienne (60 % de la population a moins de 25 ans). Cette nouvelle génération ne semble pas suivre l’État islamique dans une démarche qui ne conduit qu’à brider sa liberté et qui ne propose aucun modèle alternatif séduisant.
 
L’apartheid sexuel

Le représentant spécial de l’Iran à la Commission des droits humains de l’ONU, compare l’Iran soumis à la loi des mollahs à une prison pour les femmes. Dans cette grande prison, les femmes n’ont même pas la possibilité de se faire entendre. Une campagne d’intimidation à l’égard de la presse s’est développée en stipulant que quiconque défendrait de façon illégitime les droits des femmes serait passible de l’annulation du permis de publication.

Pire que la violation de la liberté de parole est peut-être l’instauration, de plus en plus généralisée, d’un apartheid sexuel. Outre les établissements scolaires, les hôpitaux, les universités, les bureaux et autres lieux publics, l’apartheid sexuel s’étend aujourd’hui aux transports publics. Les mollahs ont décidé de séparer les wagons dans le métro, récemment inauguré à Téhéran, en voitures réservées aux femmes et d’autres aux hommes. Dans ce pays dirigé par des clercs, les femmes épouses d’étrangers perdent automatiquement leur nationalité.

Rares sont les disciplines sportives ouvertes aux femmes et les moyens manquent cruellement. La plupart des centres sportifs sont réservés aux hommes et les femmes ne disposent même pas du dixième des installations dont ils disposent. Même les modérés au sein du Pouvoir continuent de s’opposer à ce que les femmes puissent se montrer en tenue sportive devant les hommes. La radio et la télévision ne couvrent donc jamais le sport féminin, pas même les matchs de compétition, ce qui constitue un sérieux obstacle au développement du sport féminin. Jusqu’à récemment, les femmes étaient autorisées à jouer au basket mais pas au foot. Les Iraniens ont inventé des dizaines d’anecdotes autour de cette fatwa qui permet que l’on touche le ballon avec la main et pas le pied.

En 1998, il a été décidé que la République islamique n’adhèrerait pas à la Convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination contre les femmes. Ainsi, et selon la loi des mollahs, les femmes continuent à être dépourvues du droit d’accéder à la Présidence de la République, à la magistrature et à faire des études dans plusieurs disciplines scientifiques.
 
Double jeu

La Révolution islamique en Iran a échoué à conquérir les cœurs et les esprits. Le peuple ne suit plus. Avant, on priait dans la maison et on buvait à l’extérieur; maintenant, c’est l’inverse. Les femmes inventent mille stratagèmes pour résister à l’autorité des ayatollahs. Elles continuent, en privé, de vivre selon leurs goûts et leurs convictions tout en jouant publiquement le jeu de la soumission aux diktats de ce gouvernement. À la maison, les femmes iraniennes s’emploient à élever leurs enfants dans une bonne ambiance, leur inculquant des principes qui vont tout juste à l’opposé de ce que disent les ayatollahs. Elles s’adonnent, en se cachant, à la musique et aux arts plastiques, des arts qui leur sont interdits.

La police des mœurs est très présente dans la vie privée des gens. Il est ainsi souvent réclamé aux couples circulant dans la rue de prouver qu’ils sont dans une situation islamiquement correcte. Etre par exemple avec son cousin ou son voisin est interdit et les contrevenants sont accusés d’adultère, engendrant un châtiment de 80 coups de fouet. Il arrive que cette police fasse une descente dans une famille qui organise une soirée pour vérifier qu’hommes et femmes sont rigoureusement séparés. Cette situation a obligé les gens à recourir à des ruses cocasses pour pouvoir mener une vie normale. La loi des mollah permet en Iran ce que l’on appelle “ le mariage temporaire non sexuel ”. Grâce à cette formule, la famille marie temporairement sa fillette, qui peut même être un nourrisson, à un ami. La maîtresse de maison devient ainsi la belle-mère de l’ami de la famille, ce qui lui permet de le recevoir dévoilée. Les jeunes ont également profité de cette formule pour entretenir une relation d’amour sans tomber sous le coup de la loi. L’obscurantisme enfante parfois des audaces insolentes.

Le film de Fereidoon Jeirani, “Rouge” est un grand succès cette année au box office iranien. Dans ce film, le mari bat sa femme durant les deux tiers de la projection sous les yeux éberlués du public qui n’a jamais vu cela sur l’écran. Une théorie circule à Téhéran pour expliquer le triomphe de “Rouge” : comme les hommes et les femmes n’ont pas le droit de se toucher au cinéma, les coups du mari symbolisent en fait des caresses !



Saloua Charfi
 
J'ai un garçon et une fille. A la naissance de mon premier enfant ( le garçon) j'étais très heureux de devenir Papa. A la naissance de ma fille j'étais submergé de plaisir à l'idée d'avoir "une petite fille à son papa !". Celle qui à l'age de 7 ans reverra de se marier avec son papa. Celle qui ensuite viendra me raconter ces difficultés afin que je la couvre de mon bras protecteur. Celle que je conduirais ( in cha allah) vers son mari avec le pincement au coeur qu'on tous les pères à l'idée de se sépparer de leur trésor. Celle enfin qui lorsque je serais à l'automne de ma vie viendra ma passer la main dans ce qui me restera de cheveux !...
Merci mon dieu de m'avoir donné une fille !
 

nwidiya

Un Haut Rispansable!
Super Modératrice
salam

Je pense que les gens qui souhaitent ne pas avoir de filles sont vraiment lamentables!!
D'une parce qu'on ne choisi pas
De deux, ils n'ont aucun respect pour les femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants!!! :cry:

serieux ça me dégoute walah... tfou à ces gens! :-x

wa salam aalikoum
 
kacem Amin , un fervent avocat des droits de la femme disait dans son livre: la libération de la femme combien il était important d'élever la condition de la femme et que ce n'est qu'en libérant la femme que la société musulmane, elle-même pourra se libérer, car seule est libre société, dont tous ses membres sont libres!!
de tels propos révolutionnaires à l'époque ont succité de vives réaction dans la sphère religieuse traditionaliste en egypte et ailleurs et pourtant la condition de la femme a enregistré depuis des progrès considérables! car les femmes lisaient ce bouquin en cachette!
l'émancipation de la femme n'est pas exclusivement liée à la démocratie! même sous les plus réprimés des régimes les femmes iraniennes, irakiennes et même celles du sud du yemen ont pris le devant par rapport à leurs soeurs vivant sous des régimes plus ouverts comme au maroc ou le taux d'analphabétisme chez les femmes est nettement plus élevé qu'en iran!

je ne comprends pas pourquoi les plus fanatiques des intégristes reconnaissent l'intérêt de la modernité mais refuse qu'elle touche la femme! :-(
 
très triste :cry: :cry:
comme l'a di kalaloly j'espère que ça s'arretera pcq les pauvres femmes iranienne doivent tellement souffrir :-(
se qui ma choqué c'est les petites filles qui sont mariées à 6ans ! et le mari est bcp + agée
tout ce k il fai c faire souffrir cette petite fille ki ne connai pa encore se que sont les relations sexuelles et surtout qu'elle n'a pas atteind l age pour en avoir :-( :cry:
 

Yazz

Mi-Femme Mi-Féline
:-o :-o :-o :-o :-o
Je suis littéralement horrifiée !!!! :-x :-x
Tout cela est une manipulation de l'islam !!
Je sais que l'islam en matière de droits de la femme n'en donne pas bcp ou plutot ce sont plus des obligations que de réels droits et je suis la première à dénoncer les incohérences mais là, ça dépasse l'entendement ! :-? :-x :-x
Condamner à mort une femme alors qu'elle est en légitime défense, marier des enfants qui se font violer et notamment par des molahs, qui se refilent ou vendent "les pauvres petits objets" sexuels ??!! :-x
Mais cela dépasse les violations des droits de la femme ! Ce sont des crimes et cela s'appelle de la "pédophilie" et la "traite des êtres humains", "légiférées" dans un état soi-disant musulman ?! :-o
Ce sont des délits, donc punissables normalement !!! :-x
Aucune religion ne peut tolérer ça, c'est impossible !!
:pend:

 
c'est une vraie revolution islamique!!!hallicinant!!!

que ce soit un detournement de l'islam ou une vraie application de celui ca prouve que cette religion, comme les autres d'ailleurs, n'est bonne qu'une fois neutralisee en la gardant comme une affaire privee loin de la vie publique.

que ceux et celles qui souhaitent une application de la shari3a au maroc prennent note de ce qui se passe en iran.
 
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