La particularité de l'Islam "français"

Salam tout le monde !

Voici un article de l'anthropologue Gilbert grandguillaume qui s'interroge sur la caracteristique de ce que l'on peut appeler l'islam français !
Je vais decomposer son intervention en plusieurs parties.
Bonne lecture ! j'attends votre opinion ! bon bref !


Les singularités de l’islam français


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"Le point de départ de ces considérations pourrait être cette réflexion attribuée à certains jeunes immigrés du Maghreb vivant en France : “Je ne suis pas Algérien, je ne suis pas Français, je suis musulman !” Une réflexion qui traduit la complexité du problème et qui nous introduit à une interrogation sur le rôle que joue l’Islam en France. Celui-ci en effet apparaît avec une visibilité sociale nouvelle qui fait problème pour l’ensemble de la société. Du coté des immigrés du Maghreb, la conscience de n’être ni d’ici ni de là-bas ne trouve de solution que dans le rattachement à l’Islam comme enracinement identitaire. A cela répond, pour une majorité de l’opinion française, le sentiment plus ou moins conscient que l’Islam en tant que tel, avec ses manifestations apparentes (le voile, les mosquées) ne fait pas partie du paysage français : “S’ils veulent des mosquées, qu'’”ils” aillent les construire chez eux”. Ces contradictions, longtemps supportées par le fait de l’idée qu'’”un jour, les immigrés retourneront chez eux” se heurte désormais au caractère définitif de leur présence en France, sanctionnée par l’acquisition de la nationalité française. Un “remède”, certes mauvais, mais largement utilisé, a cru être trouvé dans le phénomène de l’exclusion : une exclusion dans le domaine de l’économie, de l’habitat, de la culture, corrélative au sentiment de mal supporter une “population étrangère” dont on ne saurait que faire.Une population que les Français connaissent de longue date puisque, pour sa dominante maghrébine,c’est une population anciennement colonisée, voire même, pour sa partie algérienne, une population qui a rejeté la France, avec laquelle subsiste un contentieux d’autant plus profond qu’il n’est pas mis à jour. Mais voila que cette population s’intègre, demande à faire partie de la France à part entière. En même temps elle ne peut renoncer à se dire musulmane."
 
suite ..

La question que pose ce numéro est donc bien celle-ci : que faire de l’Islam en France ? quelle place peut-on lui donner ? Certes la France dans le passé a intégré des générations d’immigrations : italienne, polonaise, portugaise : si, sur le moment, le rejet a été aussi violent que celui d’aujourd’hui, ces immigrations ont fini par s’intégrer dans le paysage français, on craint fortement, pour l’immigration musulmane, qu’elle ne constitue un ghetto. La position officielle est de rejeter le communautarisme - solution adoptée en Grande-Bretagne - en ne permettant pas que cette population reste enfermée sur elle-même. Mais pour une grande partie de l’opinion, la question est : “S’ils veulent être français, qu’ont-ils à faire de vouloir rester musulmans? Ils doivent choisir”, exprimant par là qu’elle considère bien l’islam comme une identité, comme une sorte de nationalité concurrente.

Que répondre à cela ? Sur le papier, les choses sont claires. La constitution française reconnaît le droit de pratiquer sa religion, elle reconnaît à tous les citoyens des droits et des devoirs égaux. Il suffirait donc de l’appliquer pour résoudre tous les problèmes. C’est oublier un peu vite qu’on ne résout bien que les problèmes que l’on comprend , et il y a sur ce sujet beaucoup à expliquer.

Le point de vue que je veux exprimer ici est celui-ci : pour la majorité des immigrés musulmans en France, ou plutôt des Français originaires de pays de culture islamique, l’islam est non seulement une religion, mais surtout une identité radicale. Après la rupture du lien local causée par le fait de l’émigration, elle demeure une référence essentielle nécessaire à l’équilibre de la personnalité. Elle est le socle à partir duquel peut se construire l’identité citoyenne correspondant à l’intégration. De ce fait, son rejet, par la société d’accueil, ou par les intéressés eux-mêmes, ne peut que nuire à cette intégration, l’empêcher de bien se réaliser. Des conclusions importantes, dans divers domaines, sont à tirer de ce fait.

 
L’IDENTITE MUSULMANE

Depuis des siècles, la religion musulmane, à l’instar de la religion chrétienne, a déterminé une vaste zone culturelle qui a déterminé une identité collective et individuelle. Pour le comprendre, il suffit de rappeler le fait historique de l’émergence de l’Islam. Sous l’égide du prophète Mohamed, à partir du VII° siècle, une nouvelle doctrine s’est fondée sur la base de l’adhésion à une révélation, incarnée dans un livre (le Coran) et des communautés. La société d’Arabie, où est née la nouvelle religion, était fondée sur des divisions tribales et ethniques parfois intégrées dans des ensembles citadins. L’originalité du nouveau message a été de transcender ces identités charnelles, sensibles, fondées sur les liens du sang, pour leur ajouter, voire leur substituer, une identité universelle (au moins pour les Arabes), fondée sur un lien spirituel, symbolique, constitué par la croyance à l’unicité d’Allah et à la vocation de son prophète. Même si cela n’a pas conduit ces populations à renoncer au tribalisme, une identité supérieure, d’une autre nature, a été ainsi créée : c’est en son nom que des musulmans d’origines ethniques, raciales, géographiques, culturelles très diverses ont reconnu entre eux un lien qui détermine parfois des solidarités réelles, et en tout cas toujours une conscience d’identité islamique très forte. C’est le cas encore aujourd’hui et cela vaut aussi pour les musulmans de France.

Durant des siècles, ces deux identités (ethnique et islamique) ont été les deux seules reconnues, et ont coexisté sans problème. L’émergence de l’identité nationale, à partir du XIX° siècle, est venue perturber cet ordonnancement, du fait de son caractère ambigu. L’enracinement de la nation est généralement géographique ou ethnique, au mieux pluriethnique. Mais l’Etat qui incarne la nation cherche à se légitimer par une référence islamique, à la capter à son profit (alors qu’elle est d’essence internationale). L’Etat cherche à se constituer en absolu, en référence ultime, alors que les musulmans ne reconnaissent cette qualité qu’à l’Islam. Ce sera notamment le cas au Maghreb.

A suivre ....

 
L’IDENTITE MUSULMANE EN ALGERIE

On dit souvent que les musulmans de France ne viennent pas tous du Maghreb, qu’il faut différencier les points de vue. Cela est vrai dans la matérialité des faits, mais non dans leur intelligence En France aujourd’hui, la pensée sur l’islam est profondément façonnée dans le moule des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique du Nord : Tunisie, Algérie, Maroc. Certains diront que beaucoup de ces musulmans, nés en France, ne connaissent pas ces pays d’”origine”, n’y sont jamais allés, n’en parlent pas la langue, n’ont conscience d’aucun lien avec eux. Je dirai que, même si cela est leur cas, pour l’opinion publique, leur aspect (le fameux “faciès”) les y ramène. Mais ce serait surtout dénier toute réalité à la question de l’ascendance, croire naïvement que l’existence d’un être humain commence avec lui-même : la question alors à poser serait : “Pourquoi se sentent-ils musulmans ?”. Serait-ce parce qu’ils y ont été conduits par une propagande venue du Moyen-Orient ? Et pourquoi y seraient-ils sensibles ?

La réalité est que, pour en comprendre la question de l’islam en France, il faut considérer la relation entre l’Algérie et la France. Le centre de la pensée sur l’islam en France est élaboré par rapport à l’Algérie. L’Algérie a été longtemps colonisée, considérée comme française, les relations avec elles ont été (et sont encore) profondes, une bonne partie de la population française l’a connue , y a vécu, s’est engagée dans son histoire (comme fonctionnaire, soldat, militant ou simple citoyen, ) et réciproquement, des millions d’Algériens sont, depuis des décades, venus en France pour des séjours plus ou moins longs, plus ou moins heureux. Il y a surtout le fait que l’histoire inscrit, du point de vue sociétal, qu’on le reconnaisse ou non, une véritable filiation au plan des Etats comme à celui des sociétés.

A suivre ....
 
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