[Radio-France] Pourquoi les Chinois investissent au Maroc ?

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Un groupe chinois s’est associé au fonds de la famille royale marocaine pour investir 2 milliards de dollars dans une usine de composants de batteries électriques au Maroc.​

Le pays s’est positionné pour bénéficier des changements technologiques et géopolitiques.​


Dans la redistribution des cartes à l’échelle mondiale provoquée par la transition écologique et par la géopolitique, il est un pays qui semble tirer son épingle du jeu : c’est le Maroc.


Plusieurs investissements majeurs ont été annoncés dans le Royaume, dont un de deux milliards de dollars la semaine dernière par un groupe chinois pour produire des composants de batteries électriques. Détail significatif, selon le Financial Times, le conglomérat Al-Mada qui appartient à la famille royale, investit dans la coentreprise avec le groupe chinois CNGR.

D’autres investissements sud-coréens et chinois, toujours liés aux minerais de la transition écologique, ou à la filière des batteries, ont annoncé ces derniers mois une implantation au Maroc, un record dans le bassin méditerranéen.

Le choix est doublement significatif pour les Chinois. D’abord, les investisseurs chinois ne se sentent plus les bienvenus en Occident, et choisissent des pays tiers. Le Maroc est l’un de ceux-là, il a adhéré au projet chinois des Routes de la Soie, et n’a pas d’états d’âme à traiter avec Pékin.

Le Maroc est aussi lié par des accords commerciaux avec l’Europe et les États-Unis. Ça permet aux productions « made in Morocco » de contourner les obstacles qui semblent se dresser sur la route du « made in China » dans l’industrie automobile. Aux États-Unis, en particulier, les produits marocains ne seront pas exclus des subventions grâce à l’accord de libre-échange, c’est capital.

Pour mesurer le chemin parcouru, permettez-moi d’évoquer un souvenir personnel : il y a précisément 20 ans, alors que j’étais correspondant à Pékin, un journal marocain m’avait appelé : il me demandait quels conseils donner aux entrepreneurs marocains qui s’apprêtaient à recevoir la première délégation commerciale chinoise dans le pays. C’était une page blanche et les Marocains ne savaient pas à quoi s’attendre.

Vingt ans après, les investissements se multiplient et le Maroc est la troisième destination des capitaux chinois en Afrique.

On voit émerger une véritable redistribution des cartes à l’échelle mondiale avec les changements technologiques et géopolitiques. Ainsi, la Chine qui était totalement absente de l’industrie automobile s’est hissée à la première place mondiale des voitures électriques qui constituent le segment d’avenir.

De la même manière, cette rupture technologique fait émerger des pays comme l’Indonésie, le Chili ou la RDC, qui prennent de l’importance car ils possèdent certains des minerais-clés. Ils tentent de monter dans l’échelle de valeur, et de ne pas être de simples exportateurs de matières premières. L’Indonésie est allée jusqu’à interdire l’exportation de son nickel pour bâtir une filière complète.

Les pays occidentaux sont dans une situation malaisée : ils tentent de rapatrier, ou simplement de créer chez eux les emplois qu’ils ont délocalisés pendant vingt ans. Mais ils voient émerger de nouveaux concurrents aux avantages de coûts plus forts et au positionnement géopolitique malléable. Le Maroc est de ceux-là, ami de Washington et de Pékin, et proche du marché européen. Les Chinois ne s’y sont pas trompés.


La petite anecdote en gras, y a pas de mystère, le Maroc récolte les fruits de son travail.
 
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