La nouvelle réalité géopolitique impose soit une reformulation, responsable et pragmatique, des alliances et des rapports stratégiques avec nos partenaires traditionnels ou, carrément, les errements espagnols poussant vers cela, changer de partenaires et construire de nouvelles alliances plus loyales, plus crédibles, moins mâtinées de mépris colonial du 19ème siècle, et, surtout moins hypocrites.
La terre de Dieu est vaste. Et l’Europe se meurt. Ni cohésion économique et financière. Ni capacité de protéger réellement ses frontières, ni à l’Est ni à l’Ouest. Ni armée susceptible de relever un défi ou imposer des valeurs. Un élargissement calamiteux qui a tué le rêve des pères fondateurs. Des Etats membres sous perfusion d’euros sans aucune conscience de destin partagé. Et des rodomontades puériles en direction de pays tiers. Votre charme est rompu.
Cette Europe-là défend solidairement, au détriment de ses valeurs fondatrices, la présence illégale d’un criminel de guerre, recherché par la justice en Espagne et fait fi des cas humanitaires de millions de migrants en mouvement pour leur survie ! De quelle farine cet humanisme est fait ?
Oui, la terre de Dieu est vaste et si notre face à face avec cette Europe déboussolée, affaiblie, gavée de ses euros et perdue dans le siècle sans valeurs partagées et sans modèle gratifiant ne fait plus notre affaire, pourquoi alors insister à vive ensemble.
Il serait suicidaire pour nous de continuer à faire un bout de chemin avec des gens qui ne sont pas loyaux, qui sont hypocrites, menteurs, qui te plantent un couteau dans le dos à la première occasion, qui sont incapables de construire une alliance stratégique équilibrée, fondée sur des intérêts bien compris. Il n’y a rien à faire. Il apparait maintenant que cette voie est bouchée.
L’affaire de Sebta est un retour du réel dans une relation fantasmée. C’est l’intrusion du réel quotidien dans une construction intellectuelle sordide et fausse. Les dirigeants actuels de Madrid dans leur incompétence avérée — détruire la relation maroco-espagnole pour Mohamed Ben Batouche ! — ont oublié les paramètres fondamentaux qui structurent durablement la relation de voisinage Maroc-Espagne. Le rappel de Sebta ne leur fait pas de mal. Ils devraient revenir rapidement à la realpolitik et sortir des égarements «Batouchiens» qui ont ridiculisé l’exécutif, humilié le judiciaire et plongé dans la prosternation le législatif. Des gouvernements d’honneur, par le passé, ont démissionné pour moins que cela. Mais là, c’est le règne de l’amateurisme, le temps de l’honneur est révolu.
La mise en abime est parfaite quand les Espagnols parlent de l’intégrité territoriale de l’Espagne quand il s’agit de Sebta. Leurs trémolos dans la voix sont touchants. Et la fibre patriotarde confondante. Même les plus démocrates s’y mettent pour défendre une réalité coloniale caricaturale. Mais passons ! Quid de l’intégrité territoriale du Royaume et de sa souveraineté sur ses provinces du Sud ? Non ! Pas de parallélisme en vue, pas de similitudes, pas de convergence ou pas de rapprochement d’idées. La schizophrénie est totale. Ce qui vaut pour l’un, ne vaut pas pour l’autre.
Les conséquences de cette crise politique et diplomatique majeure seront, sans doute, multiples et calamiteuses. Non seulement elles annulent de fait 15 ans de progrès, à deux, pour construire un partenariat bilatéral solide mais elle va ouvrir la boite de Pandore avec tous ses vieux démons, ses vieilles amertumes et ses vieilles rancœurs. La joie actuelle — infantile et contreproductive —
des partis d’extrême droite en Espagne est le meilleur témoignage que le pauvre gouvernement de Pedro Sanchez fonce droit dans le mur en klaxonnant.
https://atlasinfo.fr/une-petite-lecon-de-choses.html